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People in the shadow [Dorian]   Mar 5 Mai - 18:29
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Comme tous les soirs, Linnaea se rendait à son travail. Ses journées étaient toujours chargées et elle n'avait que peu de temps à elle. D'abord, elle avait sa formation pour devenir professeur, puis elle enchaînait sur son boulot de strip-teaseuse au Burning Desire's Club. Et bien évidemment, elle travaillait aussi le week-end. C'était éreintant mais au moins, il y avait une bonne paie à la fin, elle pouvait poursuivre ses études et à terme, quand elle serait professeur, elle aurait une vie plus équilibrée. C'était donc pour la bonne cause. Le seul inconvénient, qui était tout de même de taille, c'est qu'elle devait absolument rester incognito pour ne pas se discréditer en tant que futur professeur. Pour cela, elle se rendait toujours très en avance au cabaret, enveloppée dans une cape. Elle essayait également de ne pas partir et rentrer exactement à la même heure, et faisait parfois des détours avant de rentrer chez elle, même si elle habitait presque à côté.

Ce jour-là donc, elle était partie assez tôt, comme à son habitude. En temps normal, quand elle arrivait au club, seul Curtis, le patron, était présent. Lui connaissait évidemment son identité et l'aidait à la préserver. Mais ce soir-là, il n'était pas seul. Un employé était avec lui pour l'aider à décharger un nouvel arrivage de boissons. Pas n'importe lequel de surcroît. Dorian, un ancien ami à elle durant leur scolarité à Poudlard. Un garçon avec lequel elle échangeait une correspondance assez particulière, composée d'énigmes en tout genre qui leur permettait de se dévoiler petit à petit l'un à l'autre. Puis ils s'étaient perdus de vue à leur sortie de l'école. Quand il fut embauché par Curtis, Linn aurait pu l'accueillir à bras ouverts. Mais elle n'en avait rien fait. Au contraire, elle avait persisté dans son anonymat, parce qu'elle avait un peu honte de ce qu'elle devait faire pour gagner sa vie. Dorian, qui était un sang-pur de Serpentard, ne s'était jamais moqué d'elle contrairement à ses camarades, mais elle s'était toujours senti inférieure malgré tout, et avait à présent trop honte de n'être qu'une strip-teaseuse alors qu'elle était une bonne élève à Poudlard et voulait prouver aux sangs-purs qu'une bâtarde pouvait être une aussi bonne sorcière qu'eux. Bien sûr, se retrouver dans ce cabaret n'était pas vraiment un échec puisqu'elle faisait cela pour poursuivre sa formation. Mis tout de même, qu'une orpheline sans aucune racine fasse ce travail était un peu cliché, et elle détestait les clichés. De ce fait, elle ne s'était pas dévoilée à Dorian.

En l'apercevant, elle grimaça et faillit faire demi-tour. Mais il faudrait bien qu'elle revienne de toute façon... Elle rentra donc la tête dans les épaule et se dissimula bien sous son capuchon, puis se dirigea rapidement aux vestiaires en priant pour que Curtis ne l'interpelle pas et comprenne pourquoi elle ne l'avait pas salué. Par chance, il lui sembla que Dorian ne l'avait pas reconnue. Une fois dans sa loge, elle s'installa sur un siège et souffla. Quelques secondes plus tard, elle se releva et entreprit de se changer pour se mettre en tenue de scène. Quand elle fut habillée et qu'il ne lui manqua plus que la coiffure et le maquillage, elle remarqua soudain une enveloppe qui trônait par terre, devant la porte. Elle ne l'avait pas vue en arrivant, quelqu'un devait donc l'avoir glissée sous la porte pendant qu'elle se changeait. Elle se baissa pour s'emparer et la décacheta, curieuse. Qui pouvait donc bien lui écrire ? Un fan ? Pourquoi serait-il là ? Elle en sortit un parchemin qu'elle déplia et parcourut. Elle écarquilla alors les yeux et failli en faire tomber la lettre de surprise. Sur la feuille étaient écrits ces quelques mots :

Je n'ai qu'une couleur, mais mille formes
Collée au sol je m'envole
je suis le soleil mais m'évade la nuit
et jamais je ne souffre d'être piétinée.


Linnaea comprit immédiatement que la missive venait de Dorian. Une énigme, comme ils avaient l'habitude d'en échanger à Poudlard. Il l'avait donc reconnue... La jeune femme se mordit la lèvre, extrêmement embarrassée. L'avait-il reconnue quand elle était passée non loin de lui quelques minutes auparavant ou bien était-il déjà au courant ? Elle soupira, résignée. C'était de toute façon prévisible, elle aurait eu du mal à continuer de se cacher de lui alors qu'ils travaillaient au même endroit et aux même horaires. Elle lu plusieurs fois l'énigme qu'il avait rédigée. Habituée, elle trouva tout de même rapidement. L'ombre. L'ombre qui peut prendre n'importe quelle forme, qui s'étire au soleil, qui disparaît la nuit et que l'on piétine sans jamais l'abîmer. Une ombre comme elle l'était à se dissimuler de tous dans ce cabaret, et comme il l'était peut-être aussi.

La jeune femme songea un instant à sortir pour le rejoindre, mais il pouvait y avoir d'autres personnes à présent, susceptibles de la reconnaître. Elle se dépêcha donc de se maquiller et de se coiffer puis enfila son masque. Cette fois, elle portait une tenue burlesque, composée d'un corset rouge sur une jupe à froufrous noire, de bas, de porte-jarretelles et d'escarpins à talons aiguille de même couleur. Elle portait également de longs gants noirs. Elle n'avait cette fois pas mis de perruque mais teint ses cheveux en brun et les avaient bouclés et relevés en élégant chignon. Sur sa tête trônait un petit chapeau rouge et son loup était noir.

Une fois fin prête, elle sortit de sa loge et se dirigea vers le bar pour y trouver Dorian qui rangeait les boissons. Curtis avait dû rejoindre son bureau et par chance, ils étaient seuls. Linnaea, alias Poppy à présent, aurait certainement pu lui répondre par le biais d'une lettre. Cependant, maintenant qu'elle était démasquée – au sens figuré du terme bien sûr – elle ne voyait pas ce qu'elle pouvait encore lui dévoiler par courrier. Elle se planta face à lui et lui lança un regard à la fois intrigué et embarrassé derrière son masque. « Comment m'as-tu reconnue ? » s'enquit-elle. Il était inutile de nier à présent, autant jouer cartes sur table. Elle se pinça les lèvres. « Je suis désolée de ne t'avoir rien dit, mais tu comprends, j'ai honte de ma situation et je préfère n'en parler à personne de peur que ça me discrédite. J'espère que tu comprends qu'il n'y avait rien de personnel... Quelque part, je suis soulagée que tu l'aies appris par toi-même et que tu n'en sois pas choqué... » Elle baissa les yeux. « Merci pour la lettre », poursuivit-elle, puis, lui adressant un sourire timide : « Toi aussi, tu es une ombre qui se cache dans ce club ? »